dimanche 21 février 2010
À deux cents nuits à l'heure
Était-ce le matin? Je n'en avais aucune idée, malgré la clarté qui se pointait à l'horizon du ciel. Mais je me suis levé, même si la fatigue me collait les yeux. En activant l'interrupteur, la lumière inondant ma chambre m'a permis de remarquer le paquet de cartes à jouer qui était éparpillé sur le plancher, à côté de mon lit. Toutes faces contre terres, sauf une, le roi de cœur, en plein centre du chaos.
J'ai ramassé les cartes à jouer, prenant la peine de toutes les replacer dans le même sens et je suis passé de ma chambre au salon, le pas lent, encore engourdi par le sommeil. Les lueurs matinales qui ne cessaient de croître au loin m'indiquaient que le matin n'était pas encore très loin. Dans la cuisine, je pouvais entendre quelques gouttes d'eau intermittentes qui s'écrasaient dans l'évier tout en faisant écho sur les murs de mon appartement trois pièces. Ces petits sons, qui d'habitude rythmaient mes journées, me semblaient insupportables, dans la pénombre matinale.
Je me suis assis sur le sofa du salon, en essayant de ramener à moi quelques bribes de rêve, pour justifier Montréal. Sans réfléchir vraiment, mes pensées se tournaient toutes vers le roi de cœur, seul au sommet d'une chaotique disposition de cartes mélangées. À quelque part, au fond de moi, j'ai alors songé que Montréal et lui devaient être liés.
***
Je me suis réveillé en plein milieu du salon, toujours assis sur le sofa. Le soleil était à son zénith et sa lumière traversait les lattes de bois de mes stores poussiéreux. Tout m'était sorti de l'esprit, hormis Montréal. Je ne pouvais rien faire sans que ce mot ne me traverse l'esprit. Toute la journée, j'ai cherché à comprendre, sans jamais avoir de réponses.
Le ciel s'est couvert au moment que je m'apprêtais à sortir pour m'acheter des cigarettes. Le dépanneur étant à un bon quinze minutes de marche, j'ai dû traîner avec moi un parapluie pour le retour. Curieusement, les rues de Sainte-Foy semblaient désertes, hormis deux marcheurs qui évoluaient sur le trottoir opposé au mien.
Je suis entré au dépanneur, vide, si ce n'était du commis adolescent qui feuilletait une revue à potins, en attendant qu'un client se pointe à sa caisse. À le voir tourner les pages avec écœurement, j'ai compris que sa journée avait été morne jusqu'à mon arrivée. Je me suis placé devant sa caisse et lui ai demandé un paquet de Mark Ten vert, format king size. Pendant qu'il farfouillait à la recherche de mon achat, sous son comptoir, j'en ai profité pour regarder les journaux disposés dans l'étalage, à côté du comptoir. Mes yeux se sont posés sur une première page, je ne saurais dire de quel périodique, qui mentionnait la rivalité Québec-Montréal.
Montréal. Je ne pouvais plus lâcher ce mot des yeux. Pendant un long moment, qui me parut des heures, ce mot se répétait inlassablement dans ma tête. Je me sentais comme Alice dans ses merveilles, devant le chat du Cheshire. C'est la voix du commis qui m'a sorti de ma transe. Il me regardait étrangement, sans doute parce qu'il m'a interpellé trois fois avant que je ne daigne le regarder. J'ai payé comptant, avec un billet de dix dollars, et je suis parti, sans reprendre ma monnaie. Les parois de mon crâne résonnaient encore du mot fatidique. Montréal.
La pluie avait commencé à s'abattre sur Sainte-Foy, mais ça n'avait pas empêché quelques marcheurs à s'intégrer à la solitude de la ville. Sous les parapluies, certains fonçaient, d'autres s'enfuyaient pour se mettre à l'abri. Je semblais déconnecté d'avec eux, de par la lenteur de mon pas. Je fumais ma cigarette, sous la protection de mon parapluie et je les regardais aller, la tête pleine d'un morceau de rêve. J'ai regardé la rue, qui me semblait toujours autant vide de voiture, quand j'ai vu passer une limousine. En me dépassant, j'ai eu l'impression que le temps s'était figé, ou du moins, ralenti. J'ai vu, assise sur la banquette arrière, la chevelure rousse la plus enflammée qu'il m'avait été permis de voir jusqu'à ce jour. Au même moment, la tête dans la voiture se retourna vers moi, et nos yeux se croisèrent. Deux émeraudes qui brillaient à travers la pâle obscurité de l'intérieur de sa voiture.
J'ai su, en croisant son regard, que la douce voix qui m'avait susurré à l'oreille pour me réveiller lui appartenait. Sans trop comprendre pourquoi, j'ai aussi associé Montréal et ces yeux verts, persuadé qu'il s'agissait en fait de son nom. Le temps s'est alors accéléré, pour reprendre son cours normal, et la limousine m'a dépassée, pour se perdre dans le lointain du chemin Sainte-Foy.
Les yeux d'émeraude de Montréal ne m'étaient pas inconnus. J'avais souvenir d'elle et moi, sur la banquette de cette limousine, à boire du champagne. J'avais rêvé de la jolie Montréal et de son carrosse. J'en étais certain. Pour la revoir, je devais me rendormir, fermer mes yeux, pour qu'elle revienne me chercher et m'amener bien loin.
***
Cette nuit-là, pendant que la moitié du monde dormait, moi, j'attendais de trouver le sommeil. Les yeux vissés au plafond, j'étais incapable de me laisser aller. Toute la journée, je n'avais cessé de penser à Montréal dans sa limousine. Montréal et sa chevelure de feu. Montréal au regard d'émeraude. Montréal qui patientait, la bouteille de champagne à la main.
Incapable de dormir, j'ai saisi le paquet de cartes qui traînait sur la table de chevet. Mon geste a été trop rapide et j'ai échappé le paquet qui s'est éparpillé sur le plancher. J'ai voulu prendre une carte, la première sur le dessus, et en la regardant, j'ai ressenti une impression de déjà-vu. Dans ma main, le roi de coeur. Je l'ai déposé sur le tas de la pile étendue à côté de mon lit.
Je me suis levé pour aller regarder par la fenêtre du salon. J'avais l'impression de jouer mes idées à coup de dés, tant la fatigue s'emparait de moi. Mais je ne pouvais dormir. Alors que j'étais dans le salon, mon regard s'est arrêté sur un disque d'Harmonium, le deuxième, pour être plus précis. Je l'ai longuement regardé, comme s'il entreprenait une conversation avec moi. Je me suis alors décidé à l'écouter. J'ai sauté les quatre premiers morceaux, pour me laisser bercer par l'histoire sans paroles, le cycle musical des cinq saisons.
C'est sur l'hiver, pendant que Judy Richard improvisait, que tout est devenu flou.
Je ne me suis pas retrouvé dans la limousine de Montréal. J'étais plutôt dans une grande discothèque, aux côtés d'un bar. Les éclairages verts, jaunes, rouges et bleus se mêlaient dans une masse informe de lumière dans laquelle la foule dansait, chacune des personnes se laissant bercer par le rythme de la musique sans prendre conscience des autres. Et dans cette fusion de lumière et de vie, l'éclat enflammé de la chevelure de Montréal, dont le regard intense me traversait. Elle s'est avancée vers moi et m'a chuchoté à l'oreille : « Viens danser. »
On a retrouvé l'ambiance de notre nuit magique en se regardant dans les yeux. Puis, elle m'a fait signe d'attendre, et s'est éclipsée. Quand je me suis retrouvé seul sur la piste de danse, j'ai réalisé que la foule s'était envolée, en même temps que la musique, sans que je m'en rende compte. Les murs s'étaient également éloignés, transformant la discothèque en une énorme salle aux proportions infinies. J'ai regardé autour de moi, pour retrouver Montréal. Il n'y avait plus que les lumières qui se mêlaient les unes aux autres.
Pour un instant, j'ai oublié qui j'étais. Peut-être au même moment que la lumière s'est éteinte. Je n'avais qu'une chose en tête. Montréal. Ses yeux verts. Sa chevelure rousse. C'est alors que j'ai vu deux phares dans la nuit. Je n'étais plus dans la discothèque, mais sur la route. Je ne voyais plus que la ligne jaune et ces deux lumières, d'un vert étincelant. La voiture s'est arrêtée devant moi et je me suis dirigé vers l'arrière, poussé par une envie grandissante. J'ai ouvert la portière pour retrouver Montréal, dont l'émeraude de ses yeux avait envahi ses pupilles et son globe oculaire. Elle irradiait dans la nuit et je n'en étais que plus subjugué encore. Alors que je pénétrais dans la voiture, elle m'a dit : «Ça fait du bien de se voir.»
C'était un rêve particulier, où j'avais la drôle d'impression de vivre deux cents nuits à l'heure, à travers la ville. Dans une limousine, j'étais là, avec elle, à boire du champagne, à travers les lumières défilantes des artères routières de Québec. Le temps filait, comme la corde d'argent sur laquelle mes pensées se couchaient et se laissaient aller, flottant derrière moi comme un cerf-volant. On se laissait bercer par l'ivresse du moment et des bulles. Notre carrosse filait sur le chemin parsemé d'étoiles, comme s'il cherchait à se perdre au fil des années. Nous étions silencieux, les seuls bruits nous parvenant étaient ceux des roues sur l'asphalte neuve. Un doux bourdonnement qui nous berçait dans notre folie.
Puis, elle a commencé à me parler. J'ai fermé les yeux pour l'écouter. Ça ressemblait à une drôle de chanson, sans en être une. Elle m'a versé un autre verre, a cogné doucement sa coupe contre la mienne et a dit, très clairement : « Bienvenue aux coeurs fous, au coeur de tout... »
J'ai ouvert mes yeux, pour les plonger dans les siens. Le temps s'est suspendu et la noirceur a envahi l'espace autour de nous. J'entendais toujours le chuintement des roues sur la route, mais à cela s'était rajouté un murmure. Son murmure, cette étrange chanson qu'elle m'avait chantée. Pendant que l'obscurité nous entourait, j'ai parlé, pour la première fois de ce rêve. Ma voix n'était plus la mienne, mais sortait du plus profond de moi. Au milieu de mon corps s'était ouvert un corridor par lequel passait ce courant vocal. Je me suis entendu dire : « Le Roi de Coeur nous attend. »
Elle m'a souri. Le regard qui brillait de plus en plus. Je me suis perdu dans ses yeux, à en oublier tout le reste. Obnubilé par elle, je lui ai demandé son nom. Je voulais l'entendre me le dire, me le chuchoter à l'oreille.
***
Je me suis réveillé dans un sursaut, sous la douce lueur de l'aube qui pointait à travers la fenêtre de ma chambre. Je ne reconnaissais pas les murs de mon appartement, la disposition des meubles, les couleurs environnantes. Le souffle court, je cherchais des morceaux du rêve qui m'avait mis dans un tel état, mais en vain. La seule chose qui me restait en tête, c'était cette douce voix qui me susurrait à l'oreille : «Montréal.» Sans plus.
lundi 8 février 2010
Nelly
Je viens tout juste de finir Folle de Nelly Arcan. Deux jours ont passé et je ne sais toujours pas quoi penser de l'auteure en particulier. Des phrases si longues, soutenues, chargées par une émotion vive : celle de la propre déchéance d'un personnage beaucoup trop proche de l'auteure.
C'est ça, l'auto-fiction. Où s'arrête le vrai, où commence le faux? Une mince ligne dont personne n'a aucune idée de l'emplacement exact dans le schéma narratif de l'auteure. Je ne suis pas mal à l'aise face à l'auto-fiction. La preuve, j'ai lu, adoré, encensé Marie-Sissi Labrèche, qui a produite une trilogie particulièrement forte et qui était très calquée sur sa vie.
Non, j'ai du mal avec Nelly, la personne, la femme fragile derrière le texte, les faux seins, les chirurgies, les décolorations de cheveux. Car derrière Nelly, il y avait Isabelle. Et dans Folle, on le sent, même si elle ne dit jamais son vrai nom. Parce que Folle, c'est le récit d'une femme, une longue lettre à un ancien amour, qui se résulte par l'annonce de sa pendaison, le jour de ses trente ans. Une pendaison planifiée depuis le jour de ses quinze ans, maintes et maintes fois rabâchée tout au long du livre, qui nous est détaillée.
Et le malaise dans tout ça? Nelly Arcan s'est pendue à Montréal en 2009. Le jour de sa mort, je me suis juré que j'attendrais avant d'acheter ses livres, pour ne pas tomber dans la perversion offerte. Car l'auto-fiction, c'est de la perversion, pure et dure. Exhibitionnisme pour l'auteur, voyeurisme pour le lecteur. Voir l'autre s'écrouler, c'est ça, le succès, aujourd'hui.
Mais entendre Nelly Arcan répéter tous les chapitres que l'heure de sa mort approche, que le clou qu'elle a planté sur le mur de sa chambre n'attend plus qu'elle, dans le contexte, ça reste perturbant, éprouvant, voire même impossible à lire. Je l'ai lu, en me disant que j'étais sans doute dans le pire des cauchemars. Au nom de la littérature, Nelly se vidait dans ses livres. Mais elle se vidait elle-même, pour contenter la soif aveugle du lecteur contemporain qui se complaît dans la douleur de l'autre. L'autre, qui était Nelly Arcan. L'autre, qui était humaine, complexée, détruite, vidée, charcutée, siliconée... Pour le regard des autres.
Et l'artiste est passée à Tout le monde en parle. De quoi a-t-il été question? De ce physique. De cette enveloppe charnelle qui lui collait au cul, pas parce qu'elle le voulait bien. Parce qu'elle se sentait obligée. Et en a-t-elle été heureuse? Pas selon Folle. Pas selon ce qu'on a trouvé dans son appartement, en 2009.
Alors, Nelly Arcan, putain de folle, comme certains peuvent dire, a peut-être été considérée comme une blondasse dans le milieu littéraire. Elle a peut-être fait le coup publicitaire du siècle, en se suicidant après son roman considéré comme un hymne à la vie. Mais quoiqu'il en soit, cette pauvre âme torturée avait annoncé son funeste destin, sans que personne ne s'arrête à ces idées sombres qui traversait son oeuvre, comme un fil d'or.
Je ne sais plus quoi penser de l'auto-fiction, en ce froid février de 2010, mais une chose est sûre, Nelly Arcan n'en faisait pas partie. Lorsque la fiction dépasse à un certain point la réalité, c'est du domaine de la métafiction.
mercredi 25 novembre 2009
Récit pour adolescent
Les lumières s'éteignent. Le public applaudit, siffle, crie. J'ai même pas remarqué c'était quoi. Une chose est sûre, ce n'était pas Simon. Non, lui, il passe deux numéros après moi. Et pas de danger qu'il soit mort de trouille, ça fait 5 ans qu'il le fait, Secondaire en spectacles, et à chaque année, il gagne tout ce qu'il peut gagner et finit aux finales nationales.
Maudit Simon. Si c'était pas de lui, jamais je m'aurais inscrite. Mais non. Je perds la tête, quand il s'agit des gars. Et après, je me rends compte que c'est des cons. Mais juste après.
« Et maintenant... »
Ça y est. Dans une seconde, l'annonceur va me présenter, sa voix va être multipliée par dix dans les hauts-parleurs et toute la foule aura, jusqu'à ce que je commence à chanter, mon nom qui leur résonnera dans les oreilles. Mérédith Leblanc-Webber. C'est tout sauf mélodieux. Un nom de famille composé, avec un W dedans. Webber. On croirait entendre une grenouille. Et Simon, lui, qui doit attendre dans la loge des participants, va faire son snob et écoutera à peu près pas ce que je vais faire. Il ne me félicitera pas après. Et s'il me parle, ça va être pour me faire des commentaires négatifs sur à peu près tout ce qui est possible d'être négatif.
«... dans la catégorie interprétation... »
C'est beaucoup trop long. Cessez de me présenter aussi longuement et jetez-moi sur scène. Au moins, si j'ai à me casser la figure, je le ferai avec classe, en trébuchant sur un fil de micro et en me cassant la gueule sur le banc de piano. Pas en faisant une fausse note ou en perdant la voix. Ou pire, en vomissant sur scène.
«... avec une chanson d'Isabelle Boulay...»
À quoi j'ai pensé? Isabelle Boulay. J'aurais jamais dû écouter ma mère. Elle a vraiment des goûts musicaux épouvantables. Je la revois me chanter l'air du refrain « Je suis un saaaaule inconsolableuh, le plus désemparééé des aaarbres. Ben voyons! Mémé, tu connais sûrement ça! Ça passe toujours à la radio, quand je vais te porter à tes cours de piano. Ou très souvent. Tu la chanterais tellement bien, je suis sûre qu'ils te prendront si tu leur fais.» Et Maman a eu raison. Ils m'ont pris. Mais c'est sûr que c'était pour se marrer un bon coup pendant le spectacle. Ou pire, pour faire paraître Simon beaucoup mieux que moi. Il est pas trop tard, je peux m'en aller.
Après tout, ils n'ont pas encore dit...
« ...voici Mérédith Leblanc-Webber!»
Ben oui. Ils ont dit mon nom. Il est trop tard pour reculer. Je marche vers le piano qui est au centre de la scène. Bon Dieu qu'elle est grande. J'avais jamais remarqué avant aujourd'hui. Bon. Pas de chance, les fils de micro sont bien en dehors de ma portée, je peux pas m'esquiver en feignant une commotion cérébrale. Le rideau s'ouvre. Lentement. Et les gros spot lights m'éblouissent complètement. Je suis aveugle. Ça y est. C'est là que je vais me casser la gueule. Je vais trébucher sur le banc de piano et ça va être ma honte la plus totale, celle que j'imagine depuis les 3 dernières semaines, voire les 3 derniers mois. Bon, d'accord. Je ne suis pas totalement aveugle. Je vois encore le banc de piano, juste assez pour que je puisse m'y installer sans faire tout un fracas. J'installe mes mains sur le piano. Mon Dieu. Je tremble comme c'est pas possible. Et je crois bien avoir oublié ce que je dois jouer.
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Dans le fond, quand j'y pense, toute cette histoire n'aurait pas eu lieu si Simon Laverdière n'avait pas été aussi beau, aussi drôle et aussi proche de mon casier. Parce que je ne l'aurais peut-être jamais remarqué. Et que je n'aurais sans doute pas été portée à m'inscrire à Secondaire en spectacle pour avoir une chance de le connaître. Parce qu'il était impossible pour moi de le connaître sans passer par le concours de talents. Mais je vais commencer par le début, vous comprendrez sans doute un peu mieux.
jeudi 8 octobre 2009
Premier jet Texte pour enfant
Mais c'est facile à dire, quand c'est la journée. Là, il fait noir, et je suis toute seule dans ma chambre. Ma chambre, qui est devenue mille fois plus grande, comme pour se préparer à recevoir quelque chose de gros. De très gros! En plus, c'est super silencieux dans la maison. Maman et Papa sont couchés. Même Mistigri, mon gros matou blanc, a arrêté de courir partout dans la maison. Mais... qu'est-ce que j'entends? On dirait un gros sifflement! Sans doute un monstre qui se prépare à arriver! Vite, je me cache sous mes couvertures. Il ne pourra pas me trouver, si je suis bien cachée! Ça marche toujours et je réussis toujours à m'endormir. Je n'entends plus le sifflement. Alors, soit le monstre est parti, soit il est rendu dans ma chambre. Il me cherche sans doute. Je retiens ma respiration. Pas de bruit dans la chambre, ça veut dire qu'il n'est pas là. Sûrement. Je ferme un peu les yeux. Et je commence à m'endormir tout doucement. Mais je sens quelque chose qui marche sur mon lit! Qui me marche dessus!
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Jojo ne saurait sûrement pas quoi faire, si un monstre était en train de lui marcher dessus! Elle y croirait peut-être un peu plus, aux monstres. Mais là, c'est pas à Jojo que ça arrive, c'est à moi! Il y a deux secondes, j'avais les yeux pesants et là, je suis sûr qu'ils sont aussi ronds que deux grosses pommes vertes. Il ne faut pas que je bouge. Le monstre pourrait me repérer. Et me manger. Ou pire encore, m'amener avec lui dans son royaume.
C'est curieux, le monstre a commencé à faire un drôle de bruit. Comme s'il ronronnait. Je me relève pour me retrouver assise dans mon lit et je vois Mistigri en train de se préparer à se coucher. Je lui chuchote : « Mon gros Mistigri d'amour! Tu m'as fait vraiment peur! »
Jojo aurait bien raison de me traiter de peureuse. Penser que Mistigri, mon Mistigri, peut être un méchant monstre. Je dois être la plus peureuse des peureuses... la poule mouillée des plus poules mouillées au monde! Je dois me convaincre à haute voix. « Ça n'existe pas des monstres! Hein mon gros Mistigri?»
Mistigri me regarde avec ses gros yeux de vieux chat. Il ouvre sa petite gueule... et me répond : « Ce n'est pas parce que les monstres ne sont pas là, qu'ils n'existent pas, Jade. »
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Voyons, c'est impossible! Un chat, ça ne parle pas. Ça miaule, un minou, non? Je dois avoir les yeux aussi gros que deux tomates, en ce moment. Mon Mistigri me regarde encore, comme si c'était normal qu'il me parle. Et le voilà qui recommence : « Excuse-moi, Jade, j'aurais dû faire les présentations avant. Je suis Mistigri, ton bon chat, protecteur de ton sommeil. »
- Protecteur de mon sommeil? que je lui demande, encore un peu étonnée.
Il me fait oui de la tête. Mon chat me répond en faisant un oui de la tête! Il continue de me fixer et recommence à me parler : « Chaque enfant s'est vu attribuer un gardien à sa naissance, pour le protéger des mauvaises créatures. Ce gardien peut prendre plusieurs formes. Moi, j'ai choisi...
- Un chat? Ça veut dire que toi, mon Mistigri, tu me protèges des monstres?
Mistigri me refait signe que oui. Et il commence à m'expliquer que les monstres ne sont pas vraiment des monstres. Plutôt comme des mauvais anges qui s'amusent à faire peur aux enfants pendant que leur gardien a le dos tourné. Je lui demande : « Mais qu'est-ce qui va m'arriver, si jamais tu as un accident?
- Les gardiens ne sont plus requis auprès des enfants dès leur 11e année. Certains sont enfermés dans un corps jusqu'à la fin de celui-ci. D'autres sont justes là sous formes d'anges, et disparaissent à la fin du mandat. »
Ouf! Je suis soulagée. Je ne voudrais pour rien au monde perdre Mistigri. Il a toujours été là, alors c'est un peu comme un frère. Avec du poil et des moustaches. Et qui miaule au lieu de parler, jusqu'à maintenant.
Avec ses grands yeux, Mistigri regarde mon cadran, sur le bureau à côté de mon lit. Ses yeux se plissent et on dirait qu'un sourire se dessine sur son visage de chat. Il tourne ses yeux vers moi et me dit : « L'heure des monstres est passée. Je dois partir pour le palais aux milles lunes faire mon rapport. »
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« Ferme tes yeux. Je t'emmène faire un voyage secret! » me dit mon gros chat blanc. Les yeux fermés, je le prends dans mes bras. Puis, sans quitter mon lit, je sens le paysage changer autour de moi. Un gros courant d'air semble nous transporter loin de ma petite maison. Mistigri m'ordonne de ne pas ouvrir les yeux tant qu’on n’est pas arrivés. Je l'écoute. Je ferme mes yeux le plus fort possible. Mais j'entends comme des bruits de clochettes à côté de mon lit. Et j'entends respirer, comme si une merveilleuse créature nous suivait. Malgré mes yeux fermés, je peux sentir ses couleurs. Mais c'est nono, des couleurs ça sent rien! Mais un chat, ça ne parle pas et ça nous fait pas voyager jusqu'à un palais aux milles lunes, non? Je suis trop curieuse. Mistigri ne veut pas que j'ouvre mes yeux, mais c'est plus fort que moi. Alors, je les ouvre.
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Je suis toujours dans ma chambre. Sauf que le soleil entre par la fenêtre. Je suis toute engourdie et je me rends bien compte que j'ai fait tout un rêve.
Pendant que je déjeune, je me garde bien de parler à mes parents de mes aventures de la nuit dernière. Même si c'était juste un rêve. Mistigri est à mes pieds et miaule. Il n'a sûrement plus de moulée, le pauvre. Je vais lui en mettre et je cours me préparer pour l'école.
Je suis sur le pas de la porte, à attendre Jojo pour aller à l'école, comme à tous les matins de la semaine. Je la vois arriver sur la rue. Je me retourne vers mes parents pour les saluer et la première chose que je vois, c'est mon gros Mistigri qui est assis en plein centre de la cuisine tout en me regardant. Et je suis prête à parier qu'il m'a fait un gros clin d'oeil avant de se lever pour aller manger.
mercredi 30 septembre 2009
Ça marche bien. C'est intéressant. Mais je suis encore dans cet état zombie. Cet état qui m'amène à devenir auto-réflexif.
Je déteste les réflexions. Sur moi.
Et pendant que j'écoute Pink Floyd, je valse loin. Derrière mes yeux. Et je suis plus trop certain. De ce que je dois penser.
Si la littérature réflexive ne me fait pas, je devrais songer à devenir auto-réflexif. Récits métaleptiques regorgeant d'intertextualité.
Je suis intertextuel. De moi-même. En ce moment même, je me cite.
mardi 22 septembre 2009
Quand on libère ces types de boules, on sait jamais quelles conséquences on aura à affronter. Je l'ai fait une fois. Dévastateur. Et me revoilà, face à un problème supérieur.
P.S. : Ne désespérez pas, la fiction ne devrait pas tarder à se repointer.
Table des matières
- mars 2011 (1)
- avril 2010 (1)
- février 2010 (2)
- novembre 2009 (1)
- octobre 2009 (1)
- septembre 2009 (3)
- août 2009 (9)
- juillet 2009 (4)
- juin 2009 (2)
- mai 2009 (1)
- avril 2009 (9)
- mars 2009 (9)
- février 2009 (4)